G R I M M E - Un hôtel, une étoile - Sortie chez Vibrations sur le fil / Absilone le 24 janvier 2020


10 octobre 2019

G R I M M E - Un hôtel, une étoile - Sortie chez Vibrations sur le fil / Absilone le 24 janvier 2020

JAQUETTE GRIMME 

Chez lui, le rêve est un mouvement. Grimme comme une échappée onirique et imaginaire. Grimme comme comme des éclats colorés qui transfigurent un monde morne et balayent la violence des ses mécanismes d'exclusion. Grimme comme une peinture cérémoniale et guerrière. Celle de ses origines ancestrales les Lakotas, peuple amérindien.

Un hôtel, une étoile, disque de pop orchestrale, est l'allégorie de son introspection profonde. Derrière le masque se cache Victor Roux, trentenaire idéaliste, touche-à-tout et jusqu'au-boutiste dans ses élans créatifs. Artiste multi-disciplinaire (peintre, sculpteur, vidéaste), animé par la confrontation et le croisement des arts. Au sortir du lycée, ses illusions en bandoulière le conduisent dans un squat d'artistes. Il a des convictions profondes et rejoint la friche RVI à Lyon. C'est le lieu de tous les possibles, de toutes les bascules. Là-bas, il met sur pied avec deux de ses acolytes une installation d'arts numériques Les hommes debout. Cette création à la fois sociale et artistique, destinée aux quartiers oubliés de la politique urbaine, redonne la parole aux invisibles. Créé pour La fête des lumières en 2009, le projet se promène dans l'Hexagone, à l'étranger (Chine, Singapour) et continue toujours actuellement sa belle ballade internationale.

Puis la friche ferme parce qu'il y a notamment embouteillage de population. Et moins d'espace vital pour lui. Changement de cap. Victor Roux saute d'un milieu underground punk-électro aux dorures des majors. Il retrouve l'ami Laurent Lamarca pour arranger et réaliser son disque, l'accompagne sur scène à la basse. Ce tracé-là est trop sinueux et éloigné de ses velléités. Toucher les gens, c'est une force motrice. Elle s'échappe. Le désir a volé en éclats.

Il traverse une douloureuse remise en question. Finalement, salvatrice. Bob Dylan, Neil Young ou Sufjan Stevens se nichent dans ses oreilles. A travers la folk, le format chanson commence à se dessiner devant lui. Naissance de Grimme. Le voilà seul commandant à bord. En 2015, il se retranche dans son salon pour composer en trois mois les chansons d'un EP éponyme, et d'un album (The world's all wrong but it's all right) publié deux ans plus tard. Des textes de Richard Dickinson et Émilie Gassin au sein d'une percée folk en apesanteur. Joli succès d'estime.

A nouveau, l'envie d'en découdre. Il s'empare des manettes du disque du complice Eddy La Gooyatsh et s'acoquine de Ben Mazué pour offrir un titre à la chanteuse Pomme. Mais il ne veut surtout plus se plier au bras-de-fer avec lui-même. La suite de son histoire s'écrira dans sa langue maternelle. Oser le lâcher-prise. Car si les amours ne sont pas vacillantes, sa quête d'identité est incessante. Presque une obsession. Cet héritage, il le porte dans sa chair de Lakota (son arrière grand-père). Il lui faut l'assimiler par l'écriture pour mieux le comprendre, le dépasser et rompre avec les séquelles. Tête à tête avec Eddy La Gooyatsh, parolier principal du disque, dans une démarche de mise à nu.

Un hôtel, une étoile. Ou la tresse à nouer pour atteindre un idéal. Grimme incarne son enracinement avec abnégation et harmonie. Emmène son fils à se libérer de ses bagages, dans la chanson d'ouverture. Joue du rapport fusionnel entre les éléments naturels et l'esprit. Ici, l'espoir de beaux lendemains (Je rêve encore) se substitue à une passagère perte de foi (Legend Star), le désir d'être soi-même (Le sombre dans le clair) s'entremêle à une invitation au sursaut (On mérite un chef d’œuvre).

Ce disque est impulsé par deux urgences: le contrôle et l'abandon. Il fait des allers-retours entre passé et présent. Le songwriting se dote d'arrangements cinématographiques et d'un foisonnement orchestral. Des ballades erratiques, des envolées épiques et une sensibilité constamment rémanente. Grimme convoque ses interrogations, défriche de nouveaux territoires, tente et réussit des hybridations sonores. Le souci de vérité a des vertus libératrices.

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